La dénomination ancienne de la grande pyramide, d’après l’interprétation des égyptologues, serait Horizon lumineux de Khoufou (nom égyptien de Kheops signifiant « il – ou elle – protège »), ce qui ressemble à une redondance, voire à un pléonasme, car le nom même du site, Gizeh (anciennement orthographié Gizah, Guizeh, Geza, Girzeh, etc.) signifie déjà extrémité, horizon, lointain, au loin… ou encore frontière et passage. L’ancien nom géographique de ce site serait Rosetaou, mot dont nous n’avons trouvé aucune source en égyptien ou ailleurs, mais dont la traduction approximative à partir du grec archaïque donne un surprenant force des dieux

Si l’on recherche à présent sous l’écorce des mots, autrement dit si nous étudions la langue jusque dans ses jeux de mots, aussi riches et variés que nombreux en égyptien ancien, comme dans toutes les langues de cette époque et des alentours, il est possible d’y trouver bien plus que ce que l’on y voit ordinairement. Voici ce que sont déjà les hiéroglyphes égyptiens, comme l’explique avec précision et concision M. Pierre Norma (Dictionnaire historique de l’Egypte, p. 96) :

« HIEROGLYPHE, Paroles divines. Signe ayant à la fois une valeur idéographique, figurative, phonétique, analogique et symbolique, qui fut l’écriture des Egyptiens pendant toute leur histoire. Au nombre de sept cents (plus les variations), ces signes, assimilés aux dieux, se combinaient entre eux et pouvaient être lus indifféremment de gauche à droite, de droite à gauche, de bas en haut et de haut en bas. Les dernières inscriptions faites avec des hiéroglyphes datent de 394 (…) Associé à d’autres, un seul hiéroglyphe pouvait changer de signification tout en conservant sa signification originelle. Ainsi l’hiéroglyphe eau, écrit par une série horizontale de chevrons, pouvait signifier liquide, ciel, Nil donc Osiris, et végétation saisonnière, océan primordial (donc source de vie), eaux célestes, constellation du Verseau et la création du monde. » Jean-François Champollion précise quant à lui : « C’est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative (idéogrammes), symbolique (déterminatifs), et phonétique (phonèmes), dans un même texte, une même phrase, je dirai presque un même mot : chacune de ces espèces de caractère procède à la notation des idées par des moyens différents : c’est un code » (on notera, dans ce sens, que les mots code et coudée – nom de la mesure-étalon égyptienne la plus répandue – semblent apparentés : selon le Dictionnaire historique de la Langue française – op. cit. p. 914 -, le mot coude se disait en effet code au XIIIe siècle, et coudée se disait codée à la même époque). Il fait en outre remarquer (Lettres écrites d’Egypte, p. 397) que les anciens Egyptiens étaient particulièrement friands de jeux de mots (acrologies, métaphores, métonymies, paronomases, synecdoques, homophonies, etc.). Le professeur et égyptologue allemand Siegfried Morenz (La Religion égyptienne. Ed. Payot, Paris 1977. p. 29) confirme et développe : « Les Egyptiens se sont tôt souciés de collationner et rapprocher des mots homonymes ou de sonorité voisine. Les Textes des Pyramides en offrent des exemples presque innombrables. (…) Ainsi se créent les jeux de mots positif et négatif : deux mots qui se ressemblent sont réunis dans une phrase. Mais en faisant ces jeux de mots, l’Egyptien suppose une pléiade de parentés entre les mots. » Il précise : « De telles difficultés [d’interprétation, liées aux jeux de mots] ne sont pas d’ordre graphique ou grammatical, mais consistent en ceci que les Egyptiens ont cultivé un ensemble d’images verbales et une méthode de construction logique qui diffèrent profondément des nôtres, et par conséquent ne nous sont pas toujours limpides. » (Ibidem p. 19). Des conceptions logiques différentes ?

D’où il ressort que, comme prévient l’égyptologue Alexandre Varille (1909-1951) : « D’une façon générale, on doit examiner soigneusement, dans un texte égyptien, toutes les possibilités de cabale, par jeux phonétiques, jeux d’écriture ou anagrammes, en se rappelant que les jeux cabalistiques n’ont jamais pour but de distraire ou d’amuser, mais bien d’enseigner ce qui ne tombe pas sous l’intelligence commune. »

En matière d’homophonie [sons analogues], nous relèverons et retiendrons que le mot MR (pyramide, mais aussi aimant) consonne avec MH (le H se prononce presque Rr à la manière des Arabes, du ch des Allemands, ou de la jota des Espagnols), qui nomme la fameuse coudée, le principal étalon de mesure des anciens Egyptiens. Le mot MHT désigne quant à lui le nord, l’axe du monde, le point d’orientation, alors que MHN fait référence à une couronne, un diadème, et par métaphore, à un sommet, une pointe, le pinacle, ou encore, l’apothéose.

Pour l’auteur anonyme d’une Lettre à un archéologue sur les hiéroglyphes égyptiens (chez Contrejean-Campion, libraire au 7 rue de la Cloris à Douai, 1840. Imprimerie du Créphaux, 27 rue des Ecoles, 180 pages sans illustration, p. 174), la lettre M, écrite en hébreu comme on la vocalise, c’est-à-dire « aime » (HeMM) signifie : « être chaud ». La forme (HeM) désigne « la chaleur, l’ardeur calorique », et « La syllabe er exprime peut-être vingt autres idées encore, qui pourtant se résume en une seule, l’idée de force. » MR voudrait-il donc dire chaleur et force ? Energie ? D’après ce savant inconnu : « Les obélisques, pylônes et pyramides, tous pointés vers le ciel, étaient symboliquement des veilleurs, des intermédiaires entre les hommes et les divinités, avec lesquelles ils communiquaient en permanence, et pour l’éternité, parce que la pierre les rendait immuables. » Intéressant… L’hiéroglyphe dessinant une bouche (et selon Champollion « La bouche est, dans les textes hiéroglyphiques, le déterminatif et le symbole de la porte », Gramm. égypt. p. 80 et 205), prononcé RaH lorsqu’il est isolé (r3 en écriture phonétique normalisée) autorise un jeu homophone avec le mot , désignant le Soleil, représenté par une figure géométrique de base : un cercle dont le centre est pointé. Cependant, dans un contexte mathématique, c’est une préposition qui peut signifier résultat, nombre, compte, surface. Cela nous fait penser au grec Eureka, lumineux ! Par ailleurs, et du fait que l’on ignore totalement la vocalisation correcte originelle du mot MR, si celui-ci devait se prononcer MiRi, on pourrait faire un jeu de mot en élision avec le verbe iRi, qui a pour sens dénombrer, calculer, multiplier. Enfin, si pyramide était à l’origine prononcé Bour-a-mit, comme le suppose Volney qui le tire de l’hébreu, on profiterait de l’égyptien MiT, qui signifie ressemblance, similitude, analogie. En ce cas, il conviendrait de préciser que, selon la tradition cabalistique et hermétique, le mot Bour signifierait Maison de la lumière, d’où Ressemblance à la Maison de la lumière… Incertain pour certains mais clair pour d’autres ! En dernier lieu, presque toutes les pyramides étant en lisière du Nil, il se pourrait qu’il y ait là aussi une allusion géométrique supplémentaire, puisque le mot qui sert à désigner une rive, un bord de fleuve, a aussi le sens de proportion, rapport entre deux valeurs, relation entre différentes dimensions… Donnons à présent notre version de l’origine du mot grec pyramis : il nous apparaît être tout simplement (quasiment une évidence) la transposition phonétique de l’égyptien PeR-Râ-MèS : la maison du Soleil et de la Lune (c’est-à-dire, dans la mentalité des bâtisseurs, de la polarité). Ce qui gênera probablement l’égyptologie et l’archéologie, car cette désignation rappelle sans détour celle des grandes pyramides mexicaines du site de Teotihuacan (mot très proche du grec : la colline des dieux, ou encore, plus étonnant : recherche des dieux). Les deux plus grands édifices de cette région sont en effet appelés Pyramide du Soleil et Pyramide de la Lune. Or le mot grec pyramis est au duel, et désigne donc les deux grandes pyramides de Gizeh, et elles deux seulement. D’où vient cette parenté de concept et de désignation ? En outre, si l’on s’intéresse maintenant au mot pharaon, forgé par les Grecs et utilisé à tort et de travers, puisque né aux environs du quinzième siècle avant notre ère, et qui ne saurait donc être légitimement utilisé pour désigner les monarques des dynasties antérieures, nous retrouvons la piste mexicaine, et davantage… Pour les égyptologues, le mot pharaon proviendrait de Per Aâ : (issu de la) grande maison (sous entendu : la maison royale) : que de contorsions ! Pour nous, il est la transposition grecque de l’égyptien PeR Ha Râ-oN : de la maison du Soleil rayonnant. Ainsi, le monarque des anciens Egyptiens apparaît, à l’instar de ceux des anciens Mexicains, Japonais, Africains, Perses, Sumériens, Quechuas et Incas des Andes, Olmèques, Aztèques etc. comme un descendant du Soleil, ainsi que l’indiquent d’ailleurs très clairement les récits mythologiques les plus vieux et l’ensemble des représentations cultuelles des peuples anciens du monde entier… Pharaon, fils du Soleil levant, comme l’empereur des Japonais ou des anciens Chinois, des Incas des Hauts-plateaux andins et des Amérindiens du Mexique et d’Amérique du Nord ? Mais revenons sur Terre, car il est temps à présent de faire le tour de ce que ces mots nous ont appris : que la grande pyramide est une montagne de pierre d’une grande hauteur et d’un très haut prestige, ce que l’on savait… Qu’elle est une construction géométrique fort ancienne, voire antiquissime, ainsi éventuellement qu’un dépôt de matériaux nourrissants (mais le genre de la nourriture n’est pas défini) ; que son nom désigne aussi un aimant, qu’elle génère la lumière – ou le feu – et qu’elle est probablement un tombeau ou un cénotaphe, c’est-à-dire un tombeau vide… mais tout de même capable de revivifier les morts, voire de les ressusciter, et enfin qu’elle fait allusion à un important et puissant personnage, d’une grande puissance et élévation, qui pourrait même être surhumain, un dieu. Que voilà d’intéressantes et nombreuses pistes. Variées certes, et fort riches, mais qui n’offrent cependant aucune certitude. Il reste qu’en proportion, entre termes descriptifs et fonctionnels, parmi ces différentes et multiples acceptions, et notamment celles qui opposent égyptologues et chercheurs indépendants – tombeau pharaonique contre recueil savant –, c’est la notion de géométrie qui domine, et très largement. Ce qui n’a rien d’étonnant lorsqu’on sait, comme l’affirme Jean-François Champollion lui-même (Précis du système hiéroglyphique), qu’« un nombre considérable de formes géométriques est admis parmi les éléments de l’écriture sacrée. Les lignes droites, courbes ou brisées, les angles, les triangles, les quadrilatères, les parallélogrammes, les cercles, les sphères et les polygones, entre autres, y sont fréquemment reproduits. » C’est donc par la géométrie, discipline scientifique reine des mathématiques et vêtement du nombre, réputée à tort ingrate et pénible, qu’il convient de commencer… Et c’est ce que nous avons fait, en partant cependant d’autres prémices, plus mathématiques que littéraires et philologiques…

Fin de la deuxième partie.

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